Nicaragua - Allons-nous y arriver? (77)
Pendant des mois, nous avons travaillé fort à nous préparer et nous former à notre stage au Nicaragua. Mais un élément fondamental de la réussite de cette expérience -une vie à sept dans un contexte difficile, ça n'est pas de tout repos, croyez-moi!- s'avère être l'unité du groupe. Conscients de cela, nous avons trouvé essentiel d'organiser et de vivre ensemble un camp de fin de semaine à Vie-Soleil (qui appartenait en partie au curé Ernest Beausoleil). Durant ces deux jours, nous avons bien sûr continué à améliorer notre espagnol, mais nous avons surtout fait grandir le lien nous unissant.
Nous avons vécu de beaux partages nous aidant à mieux nous connaître les uns les autres, nos limites comme nos forces. Nous avons appris à mieux communiquer entre nous, ce qui avait été parfois problématique au cours de l'année. Un moment particulièrement intense fut l'Eucharistie du samedi soir, que je présidai avec joie. Nous considérions que personne d'autre pouvait aussi bien créer la communion entre les gens que...Dieu lui-même, source de toute unité. A suivi un long feu de camp illuminant la superbe nuit de printemps, douce et étoilée, cela jusqu'aux petites heures. Entourés de chaleur bienfaisante, nous faisions jaillir de nos coeurs des chants joyeux (notre héritage de camps, scouts et autres), coquins ou même nostalgiques. Certains ont ressenti des montées d'émotions surprenantes lors de partages spontanés et sentis. Le tout s'est prolongé dans le chalet jusqu'au lever du soleil, dans les rires et les confidences, autour d'un bon café chaud. Ensemble, nous avions accompli un grand pas et fait tomber d'importantes barrières.
Personnellement, je portais un poids sur le coeur: j'allais laisser derrière moi mon frère André, qui arrivait en fin de vie à cause de son sida. Je venais d'aller le visiter avec ma mère, et lui donner, pour la troisième fois en un an, le Sacrement des malades (il en redemandait!); je priais pour qu'il ne parte pas vers la Maison du Père pendant mon séjour en Amérique centrale. Je n'aurais pas pu revenir illico et je me demande comment j'aurais vécu le stage dans un tel état de deuil... Mais il est décédé environ deux mois après mon retour, à la Maison Dehon. J'ai pu le revoir et le réconforter.
Nous voilà donc enfin en route vers l'aéroport. Le passeport, les preuves d'assurance-voyage et les cordobas (monnaie du pays) bien cachés dans notre pochette ventrale sous la ceinture (et des duplicatas de tous nos documents en sécurité chez des parents). Le dictionnaire de poche français-espagnol pas trop loin. L'appareil photo (à pellicule argentique) bien rangé dans le sac de cabine. Il y aura escale à Miami avant le dernier droit vers le Nicaragua. Jusqu'à cet endroit, tout s'est bien passé. Une fois arrivés dans cette ville du Sud des États-Unis, nous avons environ deux heures avant l'embarquement sur un vol d'Air Costa Rica. Nous nous dirigeons vers le comptoir en question... Personne pour nous accueillir. Bizarre. Nous nous informons au comptoir d'une autre compagnie qui nous dit que c'est normal. Que nous risquons fort de ne pas partir à l'heure...si nous partons aujourd'hui... Wow! L'anxiété nous étouffe. Que de patience cela nous demandera pendant les...six prochaines heures. Assis sur le plancher, nous n'osions pas nous éloigner au cas où quelqu'un arriverait pour nous servir. Nous n'avions pas les moyens de communication d'aujourd'hui, alors comment avertir ceux qui nous attendaient là-bas? Les infrastructures téléphoniques n'étaient pas à leur meilleur, à cette époque, mais heureusement, Stéphanie pouvait s'informer de notre vol en nous attendant à l'aéroport de Managua. La fatigue et l'inquiétude nous rendaient même impatients les uns envers les autres. Ça augurait plus ou moins bien pour la suite. Était-ce à l'image de ce qui nous attendait pour les trois prochaines semaines?
Nous pouvons finalement embarquer dans un avion commercial, un vrai Boeing...vide! Croyez-le ou non, nous étions les seuls passagers à bord! Une drôle de sensation... En approchant du Nicaragua, nous nous en donnions à coeur joie d'un hublot à l'autre, essayant de percevoir quelque chose, malgré les ténèbres. Lors de l'approche finale nous passions au-dessus des campagnes entourant la capitale et j'avoue que nous avons été saisis par l'obscurité des lieux. De temps en temps, une ampoule éclairait faiblement les lieux. En descendant vers l'aéroport on constatait davantage de vie, ce qui nous rassurait quelque peu.
Une fois entrés dans l'aéroport, il nous fallu, bien entendu, passer la douane (ce fut bref...sept voyageurs seulement!). À la question de la raison de notre présence en ce pays, Stéphanie nous avait bien prévenus de répondre qu'il s'agissait d'un strict voyage touristique pour découvrir les beautés du Nicaragua, rien de plus. Cela risquait moins de déclencher les soupçons d'activités suspectes du genre agitation, subversion, etc. par des étrangers qui s'amènent dans une nation déjà durement éprouvée par le passé et devenue allergique à l'ingérence extérieure. On nous avait aussi fortement suggéré de mettre des drapeaux canadiens (ou au moins des feuilles d'érable rouges) sur nos bagages, casquettes, sacs à dos, etc. En effet, les Nicaraguayiens ne portaient pas les USA dans leur coeur en raison de l'histoire des Contras.
Après avoir payé un prix d'entrée sur le territoire ('cadeau' déguisé???), nous nous dirigeons vers le mini-bus qui doit nous emmener chez des amis de Stéphanie, qui nous accompagne déjà, et où nous demeurerons environ vingt-quatre heures. Dans le silence de la nuit, des cris perçants d'oiseaux inconnus pour nous nous fascinent. Près du véhicule, toutefois, encore plus surprenant: un jeune soldat en uniforme nous attend et nous surveille de près, son AK47 en bandoulière (à suivre).
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La semaine prochaine: le barrio
