Nicaragua - Esteli (83)
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| (Deux de nos hôtes, fille et mère, dans leur cuisine près du poêle à bois.) |
La deuxième étape du voyage humanitaire nous amena plus au nord du Nicaragua (toujours vers l'ouest, l'est étant très peu peuplé et difficilement accessible -à cette époque, du moins), dans une zone plus montagneuse. Nous avons été hébergés dans la ville d'Esteli. Une toute autre ambiance qu'au bidonville de Managua.
Nos familles semblaient, pour la plupart, faire partie de la classe moyenne. Éric et moi fûmes accueillis dans une coquette maison, propre et chaleureuse. Malgré la barrière de la langue, nous nous sentions bien dans cette demeure aux planchers en céramique (sauf la cuisinette, en terre battue). Le garçon de la famille, 19 ans, nous a gentiment fait une place dans sa chambre, où trois lits simples formaient un 'U' le long des murs. Je dormis sur le côté fenestré, sans moustiquaire, et je mentirais de dire que je n'avais pas une certaine crainte des bestioles habitant le jardinet tropical à quelques centimètres de moi. Les petits lézards, curieux, venaient courir sur les murs en contreplaqué; mais, pour moi, tant que je n'ai pas affaire avec des araignées, des serpents ou des scorpions, ça va... Côté sécurité et intimitée, la cour arrière, assez vaste, se trouvait protégée par trois murs de blocs de ciment. On y trouvait une douche fermée, mais à ciel ouvert et une toilette sèche double, accessible après avoir traversé une petite basse-cour. Je ne peux pas dire que j'ai beaucoup apprécié me doucher par 10 degrés, à l'eau froide (pas d'eau chaude disponible), tôt le matin. Même l'été, les matinées s'avèrent 'frisquettes', en altitude. De toute manière, notre accompagnatrice nous a demandé d'espacer les douches, l'utilisation de l'eau devant se faire beaucoup plus parcimonieusement (un bien rare et précieux, tout comme l'électricité.). Nous avons toutefois, avec permission et en utilisant notre propre savon, profité des lavabos extérieurs en pierre (avec planche à laver intégrée) pour faire, enfin, notre lessive.
C'est à Esteli que j'ai célébré mon 38e anniversaire de naissance avec le groupe dans une petite discothèque du coin. J'en ai profité pour commencer de légers troubles digestifs (typiques de ce genre de voyage, vous voyez ce que je veux dire...) qui m'ont permis d'étrenner à fond, à la fin de la soirée, la toilette sèche dans la cour (n'ayant trouvé que l'urinoir collectif, à la discothèque...). Heureusement, nous avions prévu d'emporter un peu de papier de toilette dans nos bagages, parce qu'il se faisait rare dans nos deux premières familles d'accueil. Et les petites feuilles du recensement récent...pas l'idéal. Pour la première -et dernière- fois de ma vie, j'ai acheté du papier hygiénique comme cadeau à nos hôtes, avant notre départ vers la troisième destination. On nous l'avait conseillé fortement et, malgré notre malaise, nous avons constaté que cela fut grandement apprécié.
Le réveil se faisait au lever du soleil; la maison jouxtait un marché où l'action ne manquait pas dès l'aube. Pas désagréables, ces bruits de vie et de travail. Par contre, le premier matin, la fumée qui entrait dans notre chambre par la fenêtre nous fit presque paniquer, Éric et moi! Mais non, il n'y avait pas d'incendie! La cuisinière fonctionnant au bois, la dame de la maison et l'une de ses filles (voir la photo ci-haut) se levaient à 5h30 pour y mettre un long tronc d'arbre qu'elles allumaient et poussaient dans l'appareil très rustique de pierre et de ciment au fur et à mesure qu'il se consumait, tout au long de la journée pour cuire les aliments (et, croyez-moi, nous avons très bien mangé, dans cette famille!). La fumée s'échappait naturellement vers l'extérieur par le toit, ouvert en partie, et les murs de planches, volontairement ajourés. Une partie se répandait parfois vers la chambre, toute proche, voilà tout. Ces deux femmes travaillaient sans cesse, du lever jusqu'à vers 22h, tous les jours. Étonnant, pour ne pas dire 'dérangeant' au vu de notre mentalité nord-américaine. Mais nous n'avions alors pas le mandat de débattre publiquement de cette question, bien entendu, même si on en jasait entre nous.
Si ma mémoire ne me trompe pas (on recule tout de même trente ans en arrière), c'est durant cette semaine-là que nous avons eu la chance d'aller visiter un gigantesque marché public très connu (je n'ai pas de traces écrites de cela, mais le nom 'Granada' me vient à l'esprit). L'artisanat local nous a séduit et nous en avons profité pour acheter de très belles choses pour nos familles (foulards, sacs à main, etc., tissés de joyeuses couleurs vives, typiques) La négociation du prix fait partie de l'expérience, nous avait-on prévenus. Le premier prix demandé s'avère même fixé avec la conviction qu'il sera négocié à la baisse par le client. Je suis pourri dans ce domaine, sachez-le. De plus, je me disais que ces gens méritaient bien leur argent. Malgré tout, pour respecter les us et coutumes je m'y suis essayé un peu et, croyez-moi, on y prend vite goût! On pousse même un peu trop loin, parfois. Ça faisait rigoler les artisan-e-s.
Je situerais aussi pendant cette semaine à Esteli notre marche jusqu'au sommet d'un volcan encore en activité (Le Nicaragua, traversé par la Ceinture de Feu du Pacifique, compte plus de cinquante structures volcaniques, dont sept ou huit encore actives et surveillées), aisément accessible au public (le Masaya, peut-être?). Une fois rendus au bord du cratère (il ne faut pas y demeurer longtemps, le soufre dans l'air pouvant nous faire perdre conscience!) nous apercevons tout au fond un petit lac de lave en fusion. Impressionnant! Fascinant!
Ces moments plus touristiques -qui contrastaient fortement avec l'intensité émotionnelle expérimentée depuis le début de notre périple en Amérique centrale- nous faisaient le plus grand bien.
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La semaine prochaine: le petit garçon aux cheveux décolorés et le soldat ado.
