Nicaragua - Quelle Église? Quel Évangile? 1ère partie (86)

 

(Nouvelle cathédrale de Managua, Nicaragua)

Lors de notre séjour au Nicaragua, nous avons été, bien entendu, en contact avec la religion. Culturellement, nous nous sentions assez loin des expressions de la foi comme les processions festives (surprise: beaucoup de jeunes impliqués!) avec la statue de Marie et/ou d'un-e saint-e, entourés d'une quantité phénoménale de fleurs. De voir les statues 'richement' habillée , dans la rue ou dans les lieux de culte, nous a aussi surpris. On nous avait partagé aussi que la fête de Sainte Anne s'avérait particulièrement importante et bruyante, les gens économisant toute l'année pour l'achat de pétards qu'ils commençaient à faire éclater dès quatre heureus du matin, dans une amicale compétition, à savoir, quel voisin aurait le plus impressionnant feu d'artifice, cette année-là. Nous avons été particulièrement étonnés de la nouvelle cathédrale de Managua, la capitale (voir photo ci-haut), bâtie à la suite de la destruction de l'ancienne, lors du terrible tremblement de terre de 1972*. Particulièrement moderne dans son style, plusieurs l'appelaient le 'bunker' nucléaire...

Mais si tout cela apportait de la joie et de l'espérance aux gens, pourquoi jugerions-nous ces façons de faire... aussi éloignées des nôtres soient-elles.

Je dois dire, par contre, que ce qui nous a le plus rejoint, c'est ce que nous avons vécu à Nandaime, au sud du pays, tout près de la frontière nord du Costa Rica (il y faisait d'ailleurs très chaud et humide,,,). Notre accompagnatrice, Stéphanie, avait organisé cette troisième et dernière étape de notre périple avec deux prêtres missionnaires québécois, Jacques et Guy, qui nous ont véritablement édifiés. Responsables d'une Maison de jeunes avec hébergement, notre groupe de huit a été installé dans un dortoir réservé pour notre groupe, meublés de lits superposés, porte donnant sur l'immense four à bois; celui-ci, allumé tout le long du jour, servait à la confection de biscuits et gâteaux aux algues (pour lutter contre la malnutrition des pensionnaires) et, sans doute, de pain. Nous avons sué notre vie, croyez-moi. Mais quelle belle ambiance, accueillante et fraternelle! Quelle magnifique façon de donner des bras et un coeur à la foi chrétienne que ce lieu si propre (bon, il fallait quand même vérifier le matin si un scorpion n'avait pas choisi l'un de nos souliers pour y passer la nuit...rien de nouveau pour nous!) rempli d'amour, de patience, et d'écoute sans jugement. Sans oublier les douches avec eau chaude et les toilettes avec chasse d'eau: du 'luxe' pour la finale de notre voyage. Nous avons grandement apprécié cela, d'autant plus que nous nous sentions fatigués, physiquement et, surtout, émotionnellement, cela se comprenais. Je voyais que les jeunes avec moi avaient davantage le goût d'appeler leur famille et comptaient les jours qui restaient avant le retour au Québec. On s'attardait dans la chambre plus longtemps que nécessaire, chaque jour, entre autres pour écrire notre journal personnel (pratique que nous avions chacun adoptée dès le départ).

Nous avons été invités à nous impliquer dans le fonctionnement quotidien de la Maison, mangeant ensemble avec les jeunes, les prêtres et les bénévoles (cela me fait aujourd'hui penser à l'organisme 'Enfants de Bolivie'  et son orphelinat où plusieurs personnes de ma paroisse allaient passer quelques semaines ou quelques mois pour aider. Je pense aussi au fondateur, Yvon Sabourin, décédé le 9 janvier 2025). Les enfants, ados et jeunes adultes essayaient de communiquer avec nous de toutes leurs forces -demandaient de l'aide au devoirs; malheureusement la barrière de langue freinait cet élan légitime et touchant... Mais avec des signes, des regards affectueux, des sourires, et quelques mots baragouinés, nous arrivions quand même à créer un certain lien.

Le plus extraordinaire pour nous fut l'implication dans les projets proposés aux jeunes, leur permettant ainsi d'acquérir des habiletés pouvant leur servir à l'âge adulte. Cela permettait à la fois de faire vivre la Maison (n'ayant pas de subventions ni des paliers de gouvernement ni de l'Église officielle) tout en équipant les jeunes pour un avenir meilleur. Garderie, centre de santé, un élevage de lapins, une mini-ferme, pharmacie biologique, et j'en passe. Dans ces initiatives de type coopératif, que nous avons pu visiter, les participants apprennent à gérer, planifier, s'occuper des budgets, et découvrir la valeur du travail bien fait. Personnellement, on m'a invité à travailler au champ d'arachides, à renchausser les plants, au gros soleil, durant l'avant-midi (les après-midi étant trop chauds, c'est l'heure du somme), buvant beaucoup d'eau et bénéficiant des galettes aux algues apportées par les jeunes cultivateurs. Le prêtre Guy venait nous chercher, pour le dîner, avec la vieille bagnole de la Maison (elle aussi avait toujours soif!), et on s'assoyait où avait dû se trouver la banquette arrière...dans des jours meilleurs...

Je laisse maintenant la parole aux deux abbés avec qui nous avons eu d'excellents échanges (le coloré Guy et Jacques -Santiago, très différents l'un de l'autre, mais complémentaires et unis par le souci commun de l'Évangile de Jésus Christ). Le premier, ayant passé vingt-cinq ans de sa vie comme missionnaire en Papouasie, dira: « Il faut bâtir une Église communautaire où Dieu, par l'entremise de ses disciples, se 'met dans marde' avec les siens. Voilà le sens de l'Incarnation. Une Église solidaire des luttes des sans-voix, ferment dans la pâte. Attention à une religion aseptisée qui fait oublier les problèmes plutôt que de travailler à les résoudre. » Référant à ce qu'on appelait à l'époque la théologie de la libération (très populaire en Amérique latine et peu prisée par Rome), les abbés affirmaient: « Il n'y a pas de théo de la libération, il n'y a que l'Évangile du Christ libérateur de la personne humaine, qui brise les chaînes de nos esclavages, choisis ou imposés par les autres. »

(À gauche, le Père Guy, mettant une fois de plus de l'eau dans le radiateur de l'antique bagnole du Centre, entouré de deux jeunes avec qui nous venions de travailler aux champs.)

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La semaine prochaine: Quelle Église? Quel Évangile?, dernière partie.

*Le grand tremblement de terre de 1972 a détruit près de 80% de la capitale. Seules 4% des résidences n'ont pas été rasées. On dit que le sinistre a fait 10 000 morts et 30 000 blessés. Les infrastructures endommagées, la menace des épidémies, les incendies attisés par un grand vent sec, ont fait que presque toute la population (300 000 h.) a dû être évacuée. Cette tragédie mettait fin à la prospérité qu'on avait connue depuis les années '50. La dynastie dictatoriale des Somoza et leurs appuis politiques s'occupèrent de la reconstruction tout en s'en mettant plein les poches, volant de l'aide humanitaire, entre autres crimes frauduleux. Les contrats se donnaient aux amis à un coût dépassant, bien entendu, de beaucoup la vraie valeur des travaux. Cela, créant une grande colère dans le peuple déjà si souffrant des conséquences du séisme, portait la semence de ce qui fut la révolution sandiniste.

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