Noël - Donner au suivant (82)


Une dimension fondamentale de la fête de Noël, même pour les incroyants, c'est le don. Don de soi, de son argent, de ses talents, de son temps. Si Noël n'existait pas, il faudrait l'inventer, ne serait-ce que pour cet aspect. Et nous, les chrétiens, avons d'autant plus la mission d'élargir notre coeur à la dimension du monde lorsqu'arrive cette période festive, pour qu'elle ne soit pas qu'un temps de surconsommation 'en silo'. J'ai été formé ainsi dès ma jeunesse, par mes parents (entre autres actions, mon père faisait du porte-à-porte pour ce qui est aujourd'hui CENTRAIDE), mais aussi par l'école. Je me rappelle avoir donné mon nom pour vendre des cartes de Noël UNICEF dans l'école, bien informé par les professeurs du but caritatif de ces transactions. Et que dire de la Guignolée, si importante dans nos paroisses, J'ai moi-même fait du porte-à-porte à plusieurs reprises, même comme prêtre (Saint-Sulpice, Tétraultville). 

Un jour, étant curé, je me suis retrouvé aumônier d'office de la Saint-Vincent de Paul, à Ste-Maria-Goretti, et quel bonheur d'accompagner les bénévoles dans leurs réunions et leurs actions sur le terrain. Nous avions un dépôt alimentaire sous la sacristie et deux des dames responsables avaient proposé un projet: durant l'Avent, une journée près de la grande Fête, des élèves de l'école primaire voisine venaient aider, tout un après-midi, à ranger dans l'ordre les dizaines et dizaines de denrées non-périssables recueillies dans l'église chaque semaine et lors du porte-à-porte accompli par des cadets (de la marine, je crois). Pendant ces heures, les jeunes en profitaient pour me poser plein de questions sur la foi et la religion. Très pertinent!

À cette période, les membres de la Saint-Vincent de Paul visitaient trois à quatre foyers d'aînés ou de personnes psychiatrisées, sur le territoire paroissial. J'y apportais mon clavier et nous chantions  tous ensemble les classiques de la saison. Sans oublier, avant de quitter, une petite prière et bénédiction spéciale de M. le Curé! Une bénévole émérite avait acheté et emballé un cadeau pour chaque bénéficiaire (des dizaines, donc!). La joie éclatait, même si certains n'arrivaient pas à l'exprimer extérieurement. Les yeux parlaient pour eux... On vivait ce même sentiment, comme je le disais récemment, lors des Eucharisties dans les résidences d'aînés (deux ou trois) durant cette période extrêmement occupée. Dans nos groupes de Mission-Jeunesse, la présence aux personnes âgées s'avérait prioritaire, que ce soit pour une messe, une pièce de théâtre, une crèche vivante, un échange de cadeaux, un simple dialogue - p.ex. lors d'un repas ou de jeux partagés- pour mieux se connaître et s'apprécier.

Dans les premiers temps de la pasto-jeunesse, nous nous sommes impliqués occasionnellement à l'Accueil Bonneau et à la Maison du Père (service du repas, rangement, vestiaire, lavage de plancher, etc.) Des souvenirs inoubliables de rencontres marquantes, non seulement pour les ados inscrits, mais pour nous tous, les responsables. Lorsque possible, nous terminions la journée en visitant la grande crèche du Vieux-Port ('vivante', à certaines heures!).

À l'Assomption, je me rappelle une initiative conjointe Paroisse/Chevaliers de Colomb, en faveur de l'organisme ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture), Vous connaissez peut-être mon amour pour tout ce qui fait de la lumière? Ma chambre donnant sur un immense arbre, entre l'église et le presbytère, j'eus l'idée de l'illuminer pour les Fêtes tout en soutenant une cause. On offrit aux paroissiens d'acheter symboliquement une ou des lumières, à 1$ l'unité. Les profits seraient offerts à l'organisme nommé ci-haut. Nous avons acheté vingt-quatre séries de vingt-cinq ampoules C9 en solde à 5$ la boîte (pour un total de six cents lumières de sept watts! Il a fallu trois circuits électriques séparés pour les illuminer.) Tout s'est vendu! Une cimenterie de Joliette (un bon tuyau que nous avions!) nous a prêté un camion-nacelle et deux employés ont installé bénévolement le tout le 30 novembre. Nous avions choisi deux couleurs: le vert et le blanc, et avions 'baptisé' notre initiative: l'arbre de la Vie et de l'Espérance. Les Chevaliers de Colomb ont fait confectionner un immense panneau expliquant le sens de tout cela aux passants et paroissiens. L'allumage officiel se fit le 10 décembre, jour international des droits humains, dans le cadre d'une brève cérémonie 'prière, réflexion, sensibilisation, chant et bénédiction'. Ce symbole impressionnant et incontournable s'éteignit le lendemain de la fête de l'Épiphanie (mondialement le 6), le 7 janvier. Nous avons remis un magnifique don de plus de 500$ à l'ACAT! La reconnaissance fut au rendez-vous, croyez-moi.

Dans ma vie de ministère, j'ai constaté le souci des communautés chrétiennes pour les personnes seules, vivant une grande solitude en ce temps de réjouissances. Je me rappelle, entre autres, à l'Assomption, du réveillon que nous organisions pour celles-ci lors de la Veillée du Jour de l'An. Après la messe du 31 au soir, l'organiste titulaire, des bénévoles et moi servions un délicieux buffet aux personnes inscrites et leur proposions, encore là, de chanter ensemble les airs aimés, de la saison, et de participer à des jeux simples et accessibles à tous. Certains participants nous proposaient même des chansons à répondre, plaisir tout à fait irrésistible, sans oublier les 'conteux d'histoires' qui nous donnaient mal au ventre à force de rire!

Je termine cet article avec deux autres expériences particulières,  un immense dépouillement d'arbre de Noël  (décembre 1995) dans un quartier très démuni de Montréal, et le Magasin-Partage, dans Mercier-Est, défavorisé aussi.

Je commence avec ce dernier: dans ce coin de Montréal, pas mal de misère. Le Magasin Partage de Noël s'avère donc vital pour plusieurs. On m'avait donné le rôle de l'accueil des bénéficiaires, dans un petit bureau où les personnes devaient s'inscrire et répondre à des questions de base nous permettant de vérifier leur éligibilité (au plan économique, s'entend). Pour moi, ce fut surtout une rencontre yeux dans les yeux, et coeur à coeur, avec des soeurs et frères démunis qui me racontaient un peu de leur histoire, souvent avec émotion (partagée!) Le défi: faire qu'ils se sentent accueillis inconditionnellement et surtout pas humiliés par cette démarche. Bouleversant! Ensuite, les gens, accompagnés d'un-e bénévole, allaient faire leur marché dans la petite 'épicerie' installée pour eux (nourriture -fraîche et en conserves- et quelques autres biens). Les prix sont dérisoires mais permettent aux personnes de faire leur petite part (environ 10% de la valeur réelle, si possible) et de préserver leur dignité. Il s'agit souvent d'une porte d'entrée dans un réseau d'entraide local, pour une vie meilleure.

Concluons avec l'événement dans Hochelaga-Maisonneuve: Mission-Jeunesse arriva au sous-sol de l'église en cortège de onze voitures remplies de jeunes (environ trente-cinq en tout) et de matériel pour faire vivre à plus de deux cent cinquante (250) enfants de 5 à 12 ans l'événement de leur vie! Certains arrivaient, en pleine tempête de neige, avec des souliers troués, et les petits ventres gargouillaient... J'y ai même rencontré deux petits arrivant du Nicaragua. Émouvant! Crèche vivante, bouffe, cadeaux, musique et chant, clowns, magicien, Père et Mère Noël, ateliers de maquillage, de gestuelle, activités selon les groupes d'âge...nous avions mis deux mois à la préparation psychologique (grâce à une animatrice de pastorale du milieu venue nous rencontrer à St-Sulpice), spirituelle et matérielle de cette journée, ardue, avouons-le. Parfois, le chaos... Nous avons en quelque sorte perdu souvent le contrôle et nous sentions inadéquats et décus. L'un des prêtres responsables de la paroisse Saint-Enfant-Jésus nous dit ceci, après le départ des participants: «Ç'a n'a pas été une journée facile pour vous. Humainement, cela peut vous paraître comme un échec, par rapport à tout ce que vous aviez préparé et n'a pas été accueilli avec l'attention et la reconnaissance que vous espériez. Mais dites-vous bien que beaucoup de ces enfants ont reçu, eux, aujourd'hui, de votre part, le respect, l'écoute, l'empathie et la seule marque de tendresse qu'ils vivront durant le temps des Fêtes, cette année. Surtout en ce qui concerne l'affection venant des gars de votre groupe, N'oubliez pas que la moitié de ces jeunes ont un père en prison...»*  Nos yeux se remplissaient d'eau... Clairement, nous avions dépassé le désir de 'performer à tout prix.' Le mot de la fin à un de nos membres de la pastorale-jeunesse: «Moi, je mesure 6 pieds 2 pouces, et le petit 'prout' qu'on m'avait confié personnellement dans les jumelages n'avait que...trois pieds. Il m'a pourtant envoyé promener et pas à peu près! Il attirait l'attention par la violence et son vocabulaire 'gras'. Il est certain qu'on ne peut rien régler, mais si on a pu apporter malgré tout un peu d'amour et d'espoir à ces enfants... Je suis prêt à reprendre l'expérience.»

*Précisons ici que le prêtre ne faisait pas l'affirmation que pauvreté économique signifie automatiquement manque d'affection et de tendresse. Il ne voulait surtout pas généraliser mais attirer notre attention sur différentes formes de pauvreté humaine, et parlait de ce groupe en particulier, qu'il connaissait très bien.

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La semaine prochaine, je reprends ma série sur le Nicaragua: 'Esteli'

Courage! Il ne reste que trois textes. Et ça ne sera pas ennuyant, promis!







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