Les aînés, nos premiers 'complices' dans la mission (90)
Malheureusement, je n'ai pas connu mes grands-parents, décédés avant ma naissance et mon adoption. Sauf ma grand-mère paternelle. Mais elle demeurait à l'Isle-Verte, dans la région du Bas-Saint-Laurent. Nous ne pouvions aller la voir régulièrement et son âge et la distance ont fait que je n'ai pas eu de véritable relation avec elle. L'attachement affectif n'avait pu se créer. Je pense qu'elle est partie pour la Maison du Père alors que j'avais treize ou quatorze ans, et je m'en souviens à peine. J'aurais tant aimé avoir ces personnes dans ma vie. Je me suis repris avec d'autres personnes âgées dans la parenté ou chez les amis. Ça n'est pas pareil. Mais bon...
Mes parents m'ont vraiment éduqué dans l'amour et le respect des aînés, et je leur en suis tellement reconnaissant. Je me souviens que nous avions un chambreur au sous-sol de notre petite maison de Montréal-Nord, et nous l'invitions à monter et nous jouer du violon folklorique au Jour de l'An. Ma mère avait aussi une cousine que nous amenions dans certaines de nos sorties, aux pommes, dans un sanctuaire, sans oublier les soupers spaghetti, à la lampe à l'huile, les dimanches au soir pour regarder ensuite «la Petite Maison dans la Prairie». Une de ses amies l'accompagnait, et on se passait la boîte de papiers-mouchoirs... Je me rappelle aussi que nous avons accueilli pendant plusieurs mois l'un des frères de ma mère, qui faisait du Parkinson, et qui vivait une situation difficile pour son logement. Il semblait profondément dépressif et mes parents prenaient le temps de bien nous expliquer ses souffrances et nous demander, mon frère et moi, de l'aider chaque fois que possible, sans l'humilier. Mes parents ont toujours été les champions de la charité en actes, comme je vous en parlais dans mes blogues de l'an dernier.
Lorsque je me suis retrouvé au Grand Séminaire, quelle joie de fréquenter tant de prêtres aînés retraités y habitant, eux qui avaient tellement à partager. De même en paroisse, où beaucoup de personnes d'âge mûr continuaient à pratiquer et à s'impliquer. Je vous ai aussi déjà parlé de ma joie à faire raconter au vicaire de l'Assomption, lieu de mon stage, son parcours personnel. Mon esprit journalistique m'amenait à quasi faire une entrevue à chaque repas! Comment ne pas être habité par cette expression connue, assurément très juste: «Un aîné qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.» Il ne faut pas laisser disparaître notre mémoire familiale et collective, elle doit s'inscrire dans nos coeurs et se transmettre fidèlement aux générations montantes.
Et devinez qui furent nos principaux aidants dans le grand projet de pastorale-jeunesse! Nos aînés! Ils semblent avoir des atomes crochus avec les jeunes, des affinités remarquables. J'aimais voir leurs yeux pétiller devant l'implication et les réalisations des ados de Mission-Jeunesse (le nom choisi par nos jeunes pour la pasto de secteur, incluant un logo conçu par eux, On s'en reparle.) Quelle joie avaient-ils de voir qu'il y avait une certaine relève dans une dimension de la vie qui leur tenait encore à coeur. Nous étions soutenus par les paroisses et les membres des communautés, de manière générale, sans oublier le soutien indéfectible de la plupart des parents de nos ados, mais la place de nos prédecesseurs les plus âgés demeure inoubliable et irremplaçable.
Pour nous aider spirituellement, nous avons provoqué des jumelages spirituels avec les membres des huit communautés chrétiennes du secteur. Qui répondait toujours 'présent!'? Les personnes de l'âge d'or. Qui nous aidait le plus, financièrement aussi? Nos aînés. Nous offrions à tous la possibilité de devenir des 'coopérants' de Mission-Jeunesse, et nous avions décidé de faire des cartes (format carte-d'affaire plastifiée) de membres, pour marquer cette 'complicité' spirituelle et matérielle. Un don minime était suggéré, lorsque possible, bien sûr. Devinez qui demandait celles-ci? Vous avez compris. Lorsque nous organisions un spectacle, un concert, etc. avec un prix d'entrée, les détenteurs de la carte bénéficiaient d'un petit rabais. Et pour nos fameuses fêtes de fin d'année (avec jeux, présentations théâtrales ou musicales des différents groupes, numéros d'humour, souper préparé et servi par les ados, les animateurs et d'autres bénévoles, remise des 'diplômes' -ça aussi je vous en reparle bientôt), nous invitions tous les parents, bien entendu (incluant frères et soeurs, et grands-parents intéressés), mais aussi tous nos 'aidants surnaturels' que nous traitions vraiment comme des V.I.P.!
Que de bons souvenirs je garde des ces événements et partages inergénérationnels*. J'ai toujours apprécié les gens des générations me précédant. J'ai tant appris dans cette communication d'expérience, de savoir et de sagesse. Je ne pouvais que donner multiples occasions aux jeunes que le Seigneur me confiait de vivre cette richesse humaine et spirituelle!
*Nous avons aussi toujours grandement favorisé les visites dans les RPA, CHSLD, Maisons de religieux-religieuses retraités, etc. pour des messes animées, des spectacles, des repas et partages de vécu, les jeunes parlant de leur vie (ce qui intéressait beaucoup les aînés, trop souvent coupés de cela) et les personnes âgées heureuses de jaser de leur propre parcours de vie et de foi. Aussi, la séance mensuelle de pliage et de montage du journal des jeunes, en mille exemplaires, par un groupe d'âges variés me reste comme un beau moment de conversation intergénérationnel.
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La semaine prochaine: Les Journées Mondiales de la Jeunesse à Paris


