Les fondamentaux de la pasto-jeunesse (89)

 


Quand le Conseil de Pastorale m'a demandé, en 1986, dans le cadre de mon stage à L'Assomption, de démarrer une pastorale-jeunesse, je me suis senti à la fois honoré, intéressé...et anxieux. J'avais eu de belles expériences à la fin de mon Grand Séminaire avec des classes de 6e année venues visiter l'endroit; j'avais aussi vécu de beaux projets avec les jeunes à Ville Saint-Laurent, entre autres avec les ados de l'école Secondaire. Mais je n'avais pas vraiment de formation spécifique. Je voulais bien, mais je devais avant tout me former et me documenter. J'ai lu des tonnes de magazines et livres, en français et en anglais, afin d'aller chercher au moins une base, une structure, des approches. Dans ce que je lisais, on proposait nombre d'activités, et on insistait souvent sur ce qu'il fallait avoir comme approche avec des adolescents. Et aussi, ce qu'il ne fallait pas avoir comme attitude et méthode. Je me rappelle avoir fouillé aussi abondamment dans des ouvrages sur la psychologie de cette période de la vie, souvent vue comme difficile mais en même temps passionnante. Personnellement, j'avais eu une adolescence troublée. Mais j'avais aussi vécu de magnifiques aventures. Je ressentais l'appel profond à mettre l'accent sur le positif, la valorisation, le souci de donner aux jeunes un espace pour s'épanouir dans la vie et particulièrement dans la communauté chrétienne.

J'appris donc sur le tas. Et comme je suis plutôt intellectuel, je pris des notes. Je m'examinais sans cesse pour vérifier si notre façon de faire avait du sens et portait du fruit. Je dis 'notre' parce que, comme Jésus, dès le début je me suis entouré d'adultes pertinents qui ressentaient l'appel de s'impliquer dans ce volet spécialisé de la pastorale. À plusieurs, il s'avère plus facile de discerner et de créer. Je me suis toujours méfié des 'cowboys solitaires', en Église, et ailleurs.

Nous voilà donc en chemin dans cet exaltant projet. Dès février 1987, on rassemble des jeunes en bon nombre pour un parcours vivant et palpitant. Parlant de parcours, plus tard dans l'histoire de notre Église, des parcours seront proposés par la France et même l'Assemblée des Évêques du Québec, sans oublier le nouveau service diocésain de pasto-jeunesse à Montréal. Mais dans nos débuts, il fallait pratiquement tout inventer pour que ça corresponde à ce que nous sommes, dans notre sensibilité propre, et dans notre langue. Nous nous réunissions régulièrement pour, à l'écoute de l'Esprit, évaluer et planifier, et prier!

Un moment particulièrement pertinent de cette histoire fut, quelques années après nos débuts, l'offre d'une formation diocésaine dans ce domaine. J'avais déjà lu des tonnes d'ouvrages en français et en anglais sur ce domaine de la vie en Église, et sur la psychologie et la recherche spirituelle (ou non) des ados (incluant la contestation de la religion des adultes et de l'institution...), les relations parents-jeunes,, etc. Mais nous n'avons jamais assez de formation et de partage avec d'autres personnes engagées. Alors, accompagné de plusieurs animateurs/animatrices de mon secteur ecclésial, je me suis rendu à l'Institut de Pastorale des Dominicains (dans le coin de l'hôpital Sainte-Justine) pour vivre deux week-ends de formation intensive, donnée par de très pertinentes personnes du diocèse et autres gens compétents. De là, un nouvel élan pour nous tous. Je vous mets ci-bas un diagramme qui résume très bien nos fondamentaux, les grands axes de la pasto-jeunesse. Prenez le temps de l'examiner. Vous verrez qu'au fond il s'agit d'une approche que nous pouvons utiliser dans toutes les dimensions de la vie d'une communauté chrétienne. Nous en avons déjà parlé dans les articles précédents, et je continuerai à vous donner de beaux exemples de ce qui s'est vécu sur le terrain. En passant, dans le cercle du centre, j'ajoute: la Trinité ;)  AÀL'article se poursuit après le graphique.


J'attire votre attention sur le cercle central. Un incontournable: impliquer des jeunes, et je dirais, LES jeunes, dans la mesure du possible, dans tous les aspects du grand projet. Qu'ils se sentent responsables de la pasto, avec les adultes, selon leurs capacités. Pour les ados, rien de plus repoussant que quelque chose qui vient 'de haut' et qu'on leur impose sans qu'ils aient leur mot à dire. Et je peux vous affirmer que leur 'input' a compté beaucoup, chez-nous. L'Esprit Saint ne s'exprime pas que chez les adultes. Plus jeune, j'avais lu un ouvrage extraordinaire de Daniel-Ange, 'Les Saints de l'an 2000', qui m'avait convaincu de cela. Les jeunes sont capables de grandes choses, dans la mesure où on leur fait confiance et où on leur donne la possibilité de s'engager et de déployer leurs ailes. De plus, le travail d'équipe intergénérationnel demeure un apprentissage qui leur servira tout au long de leur existence.

J'ai intitulé cet article: les fondamentaux... Au-delà de toute technique, pédagogie, méthode, il y a un pré-requis essentiel, en pastorale. L'amour des jeunes et du Seigneur. Saint Paul le disait sans cesse: 'sans amour, je ne suis qu'une cymbale qui résonne...', une coquille de belle apparence, mais vide. Toute pastorale, si elle n'est pas fondée dans un amour vrai, pur et altruiste, qui donne sans rien attendre en retour, ne portera pas de bons fruits. Sans un amour véritablement puisé et nourri dans le coeur du Christ, toute initiative sera stérile, Du vent. De la poudre aux yeux. Tous les 'ouvriers' qui oublient que notre appel consiste à faire passer Dieu, le faire connaître, aimer et servir, lui plutôt que notre ego, n'arriveront à rien dans l'ordre du plan divin. Je suis plutôt intransigeant à ce sujet, je l'ai souvent dit: nous sommes appelés à servir Dieu et non à se servir de Dieu pour notre valorisation et notre gloriole personnelle, qu'on soit laïc ou ministre ordonné. Dans toute implication ecclésiale, il faut examiner constamment et très honnêtmenet nos véritables motivations -en partie inconscientes- et s'amender, si nécessaire.

En faisant un retour sur mon implication auprès des ados, je vois bien que je n'avais pas tous les 'outils' d'un spécialiste en la matière, surtout au départ. Mais une chose demeure certaine pour moi, et il s'agit de l'essentiel: j'ai beaucoup aimé les jeunes et leurs familles que le Seigneur m'appelait à servir. J'ai vraiment cru en eux. Et j'ai énormément appris d'eux. J'ai beaucoup reçu. J'ai choisi de les écouter et d'entendre le Saint Esprit parler à son Église et nous guider à travers eux. Et je demandais la même chose de tous les associés dans cette aventure évangélique extraordinaire. Coeur et oreilles ouvertes, dans le respect. Inconditionnellement.

Que notre Sauveur bien-aimé poursuive sa multiplication des pains à partir de ce que nous avons humblement voulu lui offrir tout au long de notre aventure chrétienne (Jean 6, 1-15).

«Que personne ne méprise ta jeunesse; mais sois un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté.» (Saint Paul à son ami le jeune Timothée, responsable de communauté. 1Tim 4,12)

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La semaine prochaine: Nos principaux aidants, les aînés.

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