Nicaragua -Quelle Église? Quel Évangile? -Dernière partie (87)

(Tessons de bouteilles fixés sur le dessus d'un mur entourant une riche propriété)

 Dans le Nicaragua de 1995, le fossé entre les mieux nantis et les plus démunis s'avère immense et semble infranchissable (ça me fait penser à Luc 16:19-31). Lors d'une de nos marches, nous avons été étonnés de découvrir les hauts murs entourant certaines propriétés, sur lesquels avaient été cimentés des tessons de bouteilles. On nous dit qu'il s'agit d'un moyen de dissuasion contre les voleurs. S'ils décident de sauter tout de même l'obstacle, ils risquent une entaille aux artères des pieds et des jambes, rien de moins. On devine la suite. Notre guide en profite pour nous raconter que des enfants de huit et dix ans avaient été abattus à l'arme à feu, quelques semaines auparavant, parce qu'ils avaient été pris en train de voler des pommes dans les pommiers d'un riche propriétaire. Horreur d'un pouvoir se trouvant dans les mains d'une minorité se sentant menacée dans ses privilèges. Injustice systémique.

Heureusement que des maisons, comme celle dont je vous parlais la semaine dernière, existent. L'Évangile à son meilleur. Fallait voir la joie dans les yeux des jeunes participants à la vie de cet endroit où nous avons résidé dans notre dernière semaine de périple. Une oasis de paix et de lumière dans un monde souffrant et désorganisé. Un endroit où ce qu'il y a de plus beau chez les humains peut se manifester et se développer. Nous nous en réjouissions profondément. Par de petites lumières allumées courageusement, les ténèbres reculent. Vous vous doutez bien que cela demande parfois une audace exemplaire et de grands sacrifices.

Dans une des conférences des deux prêtres-responsables, on apprend entre autres que losrqu'il y a du grabuge dans le quartier, des larcins, du vandalisme ou autres méfaits, on accuse automatiquement et sans preuves les jeunes du foyer. Même si on sait pertinemment qu'un enfant d'une famille aisée a commis la faute. Voilà un triste exemple de ce fait: un jour où les autorités prennent à partie, encore une fois, un bénéficiaire de l'oeuvre des prêtres Guy et Jacques, pour une vitre d'auto fracassée dans un quartier voisin, comme les autorités policières ne réussissent pas à coffrer l'ado visé, ils décident de coffrer un des abbés, pour 'donner une bonne leçon' à tous. Jacques se fera donc arrêter et passera la nuit en prison à la place du jeune inculpé. Suite à une enquête menée à l'interne, les deux abbés ont pu prouver sans l'ombre d'un doute que le pauvre garçon incriminé faisait de la fièvre et gardait le lit lorsque le crime fut commis. Cette fois, ponctuellement, la vérité triompha du mensonge, de l'injustice et des préjugés. 

Parlant de ces derniers, comme ils sont dommageables dans la vie des gens, et à long terme, puisqu'ils persistent longtemps comme ce qu'on appelle aujourd'hui les contaminents éternels! Un autre fait, révoltant: nous avons été estomaqués d'entendre que les jeunes de la Maison ne pouvaient chanter dans la chorale paroissiale, parce qu'ils ont la réputation d'être de pauvres bougres, enclins à la bataille... Alors, éloignons-les des bons enfants des classes supérieures. Qu'ils restent dans leurs ghettos et leurs bidonvilles. Voilà la pensée de cetaines 'bonnes gens', se disant pourtant disciples de Jésus. Un cercle vicieux à son meilleur... Comment ces enfants, vivant ce rejet, pourront-ils s'intégrer sainement dans la vie sociale et ecclésiale. J'appelle cela des bombes à retardement. L'accompagnement de tous les intervenants de la Maison a sans doute contribué à en désamorcer plusieurs, Dieu soit loué!

Quelle passion, nous avons vue dans les yeux et les attitudes des deux missionnaires responsables du Foyer. Tout à fait comme celle de Jésus contre l'injustice et l'hypocrisie, contre tout ce qui tue la vie. vécue dans l'Amour miséricordieux et la non-violence sans compromis, cela va de soi. Depuis le début de notre voyage nous partagions ces mêmes sentiments intérieurs. Comme une forte révolte contre la bêtise humaine mais qui doit toujours s'exprimer dans le choix d'aimer, et aimer toujours davantage, malgré tout; permettre à la puissance de l'Amour divin de faire son oeuvre; ne pas jouer le jeu du Mal. Comment oublier cette phrase-choc de Christ: 'aimez vos ennemis, priez pour eux.' Bien entendu, la prière doit déboucher sur un engagement et des actions concrètes en faveur du bien et de l'équité, comme on le fait ici dans cet espace évangélique extraordinaire à Nandaime.

La fin de l'aventure approchait. Nous avions hâte de revoir les nôtres et de leur raconter tout cela. Nous commencions à faire nos bagages et à offrir des cadeaux utiles à nos hôtes. À part de vilains coups de soleil attrapés lors de notre demi-journée à la plage de San Juan del Sol (sur le Pacifique, à quelques centaines de kilomètres du Costa Rica; un moment de détente bien méritée!), tout se déroulait plutôt bien. Sauf que, à moins de quarante-huit heures du départ, je fus victime d'un étrange problème de santé...

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La semaine prochaine: le retour au Québec.



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