Les JMJ de Paris - l'autre pain (93)

  


 L'été de mes 40 ans fut sans contredit inoubliable, entre autres grâce au JMJ de Paris. Quelle expérience incroyable, si riche au plan humain et chrétien.

J'ai oublié de vous parler, jusqu'à maintenant, d'une mission qu'on m'avait confiée en préparation des JMJ: une messe-jeunesse diocésaine que je présiderais au Sanctuaire de la Réparation, en français et en anglais. Pour ce qui est des prières du Missel, ça va, je lis. Mais là, faire une homélie bilingue, alors qu'on sait à quel point il s'agit déjà d'un grand défi en français... Pourtant, j'avais dit oui, je devais honorer mon engagement. Cela se vivait dans le cadre d'une grande marche partant d'à quelque part dans le diocèse (plutôt dans l'Est, il me semble...peut-être Tétraultville...?), avec plusieurs étapes dans les églises se trouvant sur le parcours, se terminant à Pointe-aux-Trembles, dans le grand Sanctuaire. Le matin même, ma timidité prit le dessus, le manque de confiance en moi me paralysait, le fameux sentiment de ne pas être à la hauteur (toute ma vie, ce fut un combat à mener en moi), adéquat. Dans ma douche, je priais pour que la fin du monde arrive au plus tôt! Je ne suis pas capable de faire ce qu'on attend de moi, non! Tout le monde trouvera ça ennuyant et décevant. À l'évidence, je n'avais pas encore appris tout à fait l'abandon évangélique; faut croire que l'esprit de performance m'habitait encore trop. Au lieu de me centrer sur l'action de Dieu à travers moi, qui sait passer par ses amis peu importe leurs limites, je focalisais sur mes peurs (entre autres, de ne pas être aimé) et mes blocages. Je suis humain, quoi. Vous savez, la sainteté se veut un processus de longue haleine, une démarche constante d'accueil de son humanité et, en celle-ci, de la Grâce divine (l'Amour gratuit et inconditionnel) et des guérisons nécessaires à la santé dans toutes ses dimensions.

Ceci dit, puisque je n'avais pas été foudroyé dans ma douche et que l'heure de l'Apocalypse n'avait pas encore sonné, le Seigneur ainsi qu'un bon effort de volonté me donnèrent la force de m'habiller et de participer à l'événement avec tout le monde. Le fait de confier humblement mon trac fou à mon groupe, très empathique et encourageant, et les bienfaits de la longue marche, si apaisante, sans oublier les arrêts de prière dans de si inspirants lieux de culte, et que dire des chants (rien de mieux pour chasser l'anxiété, le souffle nécessaire s'accordant à celui du Saint Esprit), le calme revint en moi. Au dîner pique-nique précédant la cérémonie, assis en plein air dans le bocage du Sanctuaire, les papillons dans l'estomac m'ont encore fait une petite chorégraphie de leur cru, mais je me rendis tout de même au bout de la mission et, ma foi, j'en fus assez heureux (de toute façon, je ne suis qu'un simple serviteur, un semeur, me répétai-je; le Seigneur fait germer et croître, insiste souvent la Parole). Fait cocasse: à ce moment-là, j'étais loin de me douter qu'un jour -soit huit ans plus tard- je deviendrais curé de tout ce territoire allant de la 27e ave jusqu'au bout de l'île de Montréal, 100e ave. Je ne pouvais savoir non plus, en entrant dans l'église de Sainte-Germaine-Cousin, que celle-ci ferait partie des deux paroisses comprises dans ma responsabilité de pasteur...et, de plus, que ce serait, en juin '97, la dernière fois que je la verrais ouverte puisqu'elle sera fermée (contamination à l'amiante) avant mon arrivée en poste en septembre 2005.

Bon, revenons à Paris. 

Nous voilà donc dans un des autocars emmenant le groupe du diocèse de Montréal aux portes de l'Île de France (probablement la Porte d'Orléans). Malheureusement, il y eut certainement un manque de planification à quelque part, parce que des dizaines et des dizaines de bus sont arrivés en même temps aux différentes portes de Paris. Je ne me rappelle plus par laquelle nous devions entrer, mais je me souviens par contre que nous avons attendu quelques heures, à la grosse chaleur (le chauffeur avait éteint le moteur, donc pas d'air climatisé dans le véhicule), dans un bouchon interminable. Nous pouvions descendre et constater amèrement que...cela ne se règlerait pas facilement ou rapidement. Prions, mes soeurs et mes frères! Nous sommes là pour ça.

Nous finirons par arriver au couvent de religieuses qui nous avait été attribué. Celles-ci tenaient une école primaire et nous nous sommes retrouvés à quelques douzaines dans une des petites salles de classe réservées aux jeunes (et moins jeunes) pèlerins. Notre première nuit sera difficile. Nous dormons au sol, cordés comme des sardines, dans une chaleur étouffante, entourés de tous les bruits dont sont capables les humains dans leur sommeil... Insomnie garantie pour un adulte de mon âge. Peu importe, la nuit ne sera de toute façon pas très longue, puisque, vers les 5h30, une religieuse à la voix tonitruante s'approche des salles (ouvertes sur la cour extérieure) en clamant au bout de ses poumons: 'Debout! C'est l'heure! Debout!' L'heure? Peut-être de votre prière, ma Soeur... Allez-y. Nous dormirons encore un peu! Mais, comme tout le monde fonctionnait sur l'adrénaline -et que cela nous libérait de le faire- nous nous sommes empressés de nous lever. Il y avait suffisamment de toilettes, mais on oublie la douche. En fait, oui, il y en avait...qu'une. À réserver d'avance... Le soir même nous décidions, pour plusieurs, de dormir à l'extérieur, où c'était plus calme et frais, même si le petit matelas de mousse bleue ne réussissait pas à nous protéger du...gravier; les espaces gazonnés n'étant pas accessibles. Mais nous étions tellement crevés, chaque soir, qu'on réussissait tout de même à roupiller suffisamment.

Nous voilà donc dans la chapelle, puis au déjeuner, et la première journée officielle à Paris débute. Le premier grand événement: la rencontre avec Jean-Paul II au Champ-de-Mars. Une mer, un océan d'environ un million de jeunes rassemblés, avec une énergie inimaginable, une telle joie! Et quelle belle image du rêve de Dieu que tous ces gens, 1,5 million de participants venus de 130 pays environ, de différentes races, parlant diverses langues (dont celles, universelles de la musique et de l'amour), unis par la foi ou du moins la soif d'en savoir plus à ce sujet et le désir de bâtir un avenir meilleur pour tous! Quelle allégresse dans l'air, tellement qu'on en oubliait les aléas du transport et autres inconforts de l'expérience-autobus et métros toujours bondés à ras-bord (et à cause de la canicule on devait souvent mettre le foulard des JMJ sur notre bouche; on vivait de petites tempêtes de sable; partout des panneaux d'affichage lumineux nous rappelaient de boire un litre d'eau/heure pour ne pas nous déshydrater; on la suait à mesure... La pollution s'avérait si élevée que les véhicules personnels ne pouvaient rouler qu'un jour sur deux, selon leur plaque, paire ou impaire, pour essayer de contrôler le smog). Mais ce qui m'édifiait surtout, ce sont les chants spirituels qui jaillissaient spontanément dans les bus, ou d'un quai à l'autre dans les stations de métro. Particulièrement -une nouveauté pour mon groupe et moi- 'Evenu Shalom Aleheim', qui signifie: nous vous apportons la paix (les autres couplets: la joie, l'amour...) Wow! Nous l'avons souvent chantée, cette hymne, dans les eucharisties-jeunesse qui ont suivi les JMJ, dans nos milieux. Et les poignées de mains, les accolades, les sourires chaleureux, comme des soeurs et frères qui se découvrent enfin, grâce à Dieu!

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la semaine prochaine: les JMJ de Paris - une finale ardue




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