Les JMJ de Paris - 'le pain blanc' (92)
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| (Statue de Jeanne d'Arc, dite 'la pucelle d'Orléans', ayant libéré cette ville des Anglais pendant la guerre de Cent Ans, en 1429.) |
Après notre éprouvante et frustrante 'chasse au trésor' qui a duré deux jours, après plusieurs démarches auprès de la compagnie d'aviation, nous avons enfin retrouvé nos bagages, intacts. Pouvait alors se poursuivre, plus sereinement, notre première semaine en France. C'est la tradition des JMJ de prendre ces journées pour découvrir une partie du pays d'accueil, des lieux, des coutumes, mais surtout des gens. Notre groupe a été assigné à la région de Beauce* (hé oui! Lisez la note en bas de page), près de l'historique commune d'Orléans. Quelle magnifique région rurale avec ses plaines cultivables magnifiques et ces immenses maisons de ferme, coquettes et confortables. Nous étions deux par deux dans chaque famille qui nous hébergeait et servait une partie des repas. Avec mon compagnon de voyage désigné, j'habitais chez un couple d'aînés qui possédait une merveilleuse maison de ferme traditionnelle (plan en quadrilatère fermé, avec portail, et plusieurs dépendances, dont la bâtisse qui avait été transformée en logis pour la parenté et les amis en séjour) avec toutes les commodités dont on peut rêver. J'y ai découvert les fameux WC (les toilettes) à double chasse pour l'économie d'eau. J'avais l'air bizarre de demander comment ça fonctionnait... Moi, j'avais gardé l'image des vieux films français en noir et blanc où les ruraux vivaient dans la pauvreté et pas toujours avec le confort moderne. Je fus étonné de voir les progrès depuis cette époque reculée qu'était mon enfance...
Nous avons été choyés, Yan et moi, ayant chacun notre chambre avec salle de bain personnelle, grand lit, dans ce gîte donnant sur la cour centrale, face à la résidence principale. Étonnamment, pas de moustiquaire dans les pièces, et comme la France vivait une canicule, nous avons dormi avec nos immenses fenêtres ouvertes. Je craignais avoir des problèmes d'insectes ou de chauve-souris...mais non. D'ailleurs, combien de repas nous avons pris vers 20h, dehors, assis à une immense table à nappe à carreaux, avec plein d'invités, sans jamais être importunés par un maringouin... C'est quoi, leur truc?
Ce fut un bonheur de discuter avec toutes les personnes rencontrées, si chaleureuses et généreuses, qui nous faisaient rire en disant: «Là. vous mangez votre pain blanc! Attendez de voir la semaine prochaine, oh la la... ce sera ardu... Et tous les Français ne sont pas comme nous... Les Parisiens... oh la la... quel tempérament!' Dans les faits, oui, la semaine suivante fut exigeante, mais pour ce qui est des Parisiens...nous n'avons rien vécu de désagréables avec eux. Peut-être parce qu'ils avaient tous quitté Paris pour les vacances, surtout sachant que leur ville allait être 'envahie' par une foule enthousiaste de plus d'un million de jeunes. ;-)
Quoi qu'il en soit, outre les délicieux pastis, nous avons pu déguster des bouffes gargantuesques dans la région de Beauce, avec des viandes succulentes et des vins capiteux, des fromages de grande qualité (malheureusement, je suis intolérant au lactose, alors j'ai dû me priver, de même pour les excellents cafés au lait mousseux...), des légumes et des fruits récoltés sur place, etc. Nous avons pu assister à un magnifique récital des 'Petits chanteurs de Beauce', vivre une visite guidée d'une immense forêt célèbre**, prendre un repas chez une famille nombreuse habitant un superbe manoir restauré par eux (il fallait nous voir la tête, à nous deux, au moment de notre départ: tout un protocole! Les parents et les cinq enfants -du plus jeune au plus vieux, ado de 16 ans environ- se sont mis en ligne pour nous saluer un après l'autre avec une bise!), sans oublier notre découverte d'un des plus connus châteaux-musée de la région de la Loire. J'oublie la plupart des noms et je n'ai pas d'écrits sur tout cela, mais je me souviens bien de l'émerveillement que nous avons tous expérimenté au long de cette semaine. Comme un rêve éveillé. Malheureusement, j'ai mémoire que cela n'avait pas été aussi extraordinaire dans toutes les familles d'accueil...
Une anecdote: un bon matin, après une bonne douche, Yan et moi nous présentons à la cuisine pour le petit-déjeuner (qui n'avait rien de petit, d'ailleurs). Sauf que, cette fois, pas de bons croissants. Étrange. Je demande poliment la raison et on nous répond que, pour nous faire plaisir, ils ont acheté du pain tranché pour nous faire des 'toasts'. Je trouvais qu'ils se donnaient bien du mal pour nous. Et, en réalité, nous préférions de beaucoup les croissants! Mais quelle délicatesse. J'ai d'ailleurs gardé contact avec ces merveilleuses personnes, des années après les JMJ.
Un autre moment drôle: nous avons vécu quelques célébrations eucharistiques durant cette semaine (dont une où j'ai failli perdre connaissance dans le banc; nous étions une douzaine de prêtres entassés comme des sardines dans le minuscule choeur, et il faisait plus de trente degrés, l'aération, plutôt déficiente... Je suis asthmatique, alors, vous imaginez, avec l'aube et l'étole... J'ai prié fort pour ne pas tomber, et finalement, le malaise a passé...fiou!), et dans une des paroisses, je demande au tout jeune prêtre si je peux concélébrer avec lui et dire une partie de la prière eucharistique, comme ça se fait souvent. Pour être à ses côtés, oui. Mais pour le reste...il me répond, plutôt sèchement, non! 'Non?' Non, parce que vous, les Québécois, vous LISEZ la prière eucharistique, vous ne la PRIEZ pas... (Ah bon???!) J'ai soupçonné qu'il ait eu peur que ses paroissiens ne comprennent pas mon accent! hi!hi! Nous avons bien ri de la situation, mon groupe et moi...
Après cette première étape bien remplie de notre voyage, nous sommes repartis en autobus nolisé, vers Paris, pour le coeur de l'événement des Journées Mondiales de la Jeunesse, les catéchèses dans les églises et les rencontres avec Jean Paul II, bien entendu. Et de fait, le pain sera...disons...moins blanc pour les jours à venir.
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La semaine prochaine: les JMJ - 3e partie: l'autre pain.
*La Beauce est une région naturelle et agricole majeure située au sud-ouest de Paris, principalement dans la région Centre-Val de Loire et en partie en Île-de-France. Surnommée le 'grenier de la France', cette plaine calcaire s'étend entre la forêt de Rambouillet, la Loire et le Perche. Parmi les villes principales: Chartres et Orléans. (Source: Google)
** La forêt de Rambouillet, située à 40 km au sud-ouest de Paris est un vaste massif domanial de plus de 14 000 hectares classé 'forêt de protection'. Ancien domaine de chasse des Rois de France, elle est réputée pour ses chênes, ses pins, ses étangs et sa riche biodiversité. (Source: Wikipédia)
