Prions.
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la prière constituait un incontournable dans notre Mission-Jeunesse, comme dans toute véritable vie chrétienne. Comme elle se vit de moins en moins en famille, à l'école et dans la vie publique -et comme la célébration dominicale régulière rejoint seulement un petit pourcentage de baptisés (cela était déjà vrai dans les années '90)- il s'avérait donc prioritaire pour nous, un organisme d'Église, d'en favoriser l'apprentissage. Et d'en donner le goût. Que la prière ne soit surtout pas perçue comme une pratique ennuyeuse et lourde à exercer mais comme un moment privilégié et agréable de rencontre avec notre Dieu bien-aimé.
Cela a pris diverses formes, bien entendu. Il s'agissait d'abord de faire saisir aux jeunes la joie d'être en lien avec le Seigneur, en tout temps et en tout lieu. La prière ne se vit pas qu'à genoux, et pas seulement dans les lieux de culte. Personnellement, c'est surtout à l'âge de 19 ans, dans le Renouveau Charismatique, que j'ai pleinement saisi cela. Au fond, je le vivais depuis toujours mais cela est monté pleinement à ma conscience au début de l'âge adulte. Bientôt, je n'ai pas pu m'en passer...
Comme musicien, ma prière s'exprimait spontanément par le clavier (que j'ai eu le privilège de toucher dans ma paroisse depuis l'âge de 15 ans), puis par le chant. Ma personnalité artistique et créative m'amenait à m'exprimer aussi dans les décors que je créais en paroisse avec mon amie Sr Jocelyne. À la maison, mes parents se réjouissaient que je prenne l'initiative de créer un coin-prière dans le salon, pour le Carême et le temps pascal. Pour Noël, la crèche familiale -assez imposante- devenait un lieu de contemplation spirituelle.
Avec les jeunes des huit paroisses que le diocèse me confiait, non seulement y avait-il des 'plages' de prière dans les activités hebdomadaires, sans oublier tous les pèlerinages et événements-jeunesse (comme dans les Sanctuaires et Monastères -et les nombreuses messes d'ados dans nos différentes paroisses) mais nous avons suscité les soirées de prière mensuelles. Il s'agissait pour nous aussi de nous faire connaître aux différentes communautés puisque les jeunes, en général, s'il n'y avait pas d'incitatif ne fréquentaient pas régulièrement leur communauté chrétienne.
Voilà donc que chaque groupe, à son tour, préparait avec ses animatrices/animateurs, une heure (ou plus) de prière pour sa paroisse. Nous nous efforcions de beaucoup publiciser l'événement, entre autres par le prône, et cela dans tout le secteur. Ce qui fait que nous avions d'intéressantes assemblées. Les membres de Mission-Jeunesse se faisaient un devoir d'être présents, en solidarité pour le groupe qui avait préparé le tout et animait la prière. La présence de nombreux paroissiens et de plusieurs parents, constituait un bel encouragement pour les équipes qui, vraiment, travaillaient fort pour cela. Il arrivait que certains curés -selon leur agenda bien rempli- réussissaient à participer.
Soulignons qu'il ne s'agissait pas d'une 'performance' ou d'un spectacle mais d'un moment d'intériorité, d'Adoration, de paix de rencontre personnelle et communautaire avec Dieu. Le but n'était pas d'essayer d'impressionner celui-ci (il en a vu d'autres...) ni les soeurs et frères présents (eux aussi en ont vu d'autres...). Notre bonheur: constater que ce que nous offrions touchait les gens, les émouvait, les rejoignait en profondeur. L'Esprit passait! Nous le ressentions aussi dans tout notre être. La louange et la joyeuse action de grâces se faisaient très présentes ainsi que la prière d'intercession qui prenait une place importante, histoire de s'ouvrir aux besoins des autres, chez-nous et à travers le monde. Détourner un peu le regard sur soi-même pour prendre conscience que nous ne sommes pas seuls sur la planètre, voilà une bonne manière de s'unir au projet de Dieu qui désire le bonheur de tous ses enfants. De toute façon, nous sommes toujours les premiers bénéficiaires de la prière, qu'on en soit conscient ou non.
Des chants chrétiens, de la musique, des gestuelles (même sur des chants profanes dont le message nous parlait (comme 'Avec les yeux du coeur', p.ex.), selon le thème de la soirée, souvent relié directement au temps liturgique, à la saison et aux différentes fêtes. Le silence faisait aussi partie de ces veillées; cela va de soi, puisque la prière ne se veut pas à sens unique. Le silence, si rare de nos jours, crée un espace où notre Seigneur peut s'exprimer à son tour, et nous parler au coeur. Il chuchote. Il nous faudra donc faire taire le bruit autour de nous et en nous pour réussir à le saisir et vivre un véritable dialogue. Une 'conversation' qui -de notre part- commence par l'écoute. Je remarque que, plus j'avance dans la vie et dans mon cheminement spirituel, moins je sens la nécessité de mettre des mots sur ma prière (certains diront: comme un vieux couple qui n'a pas toujours besoin de parler pour se comprendre, mais se comprend par un simple regard...). Je perçois une Présence continuelle et je me complais à y demeurer. Tout simplement.
Au bout du compte, nous souhaitons toujours que la prière devienne avant tout une respiration intérieure continuelle qui, à l'occasion s'exprime extérieurement et collectivement. L'Esprit qui nous habite prie constamment en nous, comme un Souffle vivifiant, nous confirme la Parole. Pour moi, la prière est vitale, comme un cordon ombilical me reliant à mon Dieu. Elle ne constitue jamais une fuite de la réalité, mais un plongeon confiant dans celle-ci, à travers le regard et le coeur 'du potier' qui, inlassablement, croit en l'oeuvre qu'il s'efforce d'accomplir malgér les résistances de sa 'glaise'.
J'espère qu'à Mission-Jeunesse nous avons réussi au moins un peu le pari de transmettre notre amour de la prière, fruit de notre amour du Seigneur!
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La semaine prochaine: Émulation.
Voyez quelques exemples de nos soirées sur les photos ci-bas -Ne sont pas nécessairement dans l'ordre chronologique.







