L'année jubilaire (105)

Pendant que le monde se préparait pratiquement à l'apocalypse informatique en raison du soi-disant bogue de l'an 2000, en Église on s'affairait à organiser les festivités du deuxième millénaire du christianisme qui s'achevait. Cette célébration jubilaire (de 'yôbel', ou trompette en forme de bélier) prend racine dans l'Ancien Testament où une année sainte avait lieu tous les cinquante ans pour libérer les esclaves et remettre les dettes (source: Google).

À partir de la fin du XVe siècle, un pape décrétera que cela se vivra aux vingt-cinq ans pour permettre à chaque génération de l'expérimenter au moins une fois dans la vie. Il peut y avoir des jubilés extraordinaires proclamées par le chef de l'Église en dehors de ce cycle (comme l'Année sainte de la Miséricorde en 2016). Quoi qu'il en soit, il s'agit toujours d'un moment d'espérance et de réveil spirituel.

Nous voilà donc à l'automne 1999, et comme communauté chrétienne, nous nous réunissons pour envisager et planifier comment nous vivrons ce moment historique dont le thème nous apparaissait tellement pertinent, allant à l'essentiel: « Christ, hier, aujourd'hui, à jamais.» Nous changions de siècle et de millénaire, ce qui n'est pas rien! Nous allions bien sûr nous arrimer à ce que proposait notre diocèse, en y mettant notre propre couleur.

Je me rappelle que, ce Noël là, nous avions fait un clin d'oeil au passé en organisant des messes de la Nativité, à l'ancienne. Dans cette magnifique église 'monument historique' construite de 1831 à 1832, nous avons ressorti la plus ancienne chasuble et les soutanes rouges (sans oublier les surplis en dentelle!) pour les servants et enfants de choeur. Nous avions déniché dans le sous-sol du lieu de culte de Saint-Sulpice les lampadaires rouges (sur long manche) pour la procession d'entrée et le décor près de l'autel. Notre lieu de prière rayonnait de ses plus beaux atours, arbres et guirlandes, des multitudes de petites lumières blanches, une magnifique crèche traditionnelle dans l'immense coin visuel, et une foule compacte heureuse d'être là. L'Eucharistie en elle-même fut célébrée de manière contemporaine, le message de l'Évangile bien adapté à ce que le monde vivait en cette fin de siècle, mais avec un brin de nostalgie (comme désirent les gens en général, à cette période de l'année).

Puis, vint le premier de l'an. Comme le veut l'usage ecclésial lors d'un jubilé, nous avions confectionnée une 'porte sainte', une arche couverte de fleurs que nous allions traverser solennellement à Minuit pile. Nous avions vécu la messe du Jour de l'An en soirée (vers 20h, j'imagine), et invité les participants qui le pouvaient à demeurer sur place pour une soirée de prière jusqu'au 'grand passage'. De toute manière, l'église demeurait ouverte jusqu'à minuit trente (si je n'avais pas eu de messes le lendemain, j'aurais aimé qu'on prie toute la nuit, vous connaissez mes goûts à ce sujet. Je l'ai fait souvent, à d'autres occasions).

Un élément bien spécial mérite d'être souligné: notre Archevêque, Jean-Claude Turcotte, avait tourné un premier message -sur vidéo VHS!- et nous avait demandé (lors d'une rencontre d'intervenants pastoraux) de non seulement l'acheter mais de le présenter à nos paroissiens de la manière qui nous convenait... Je ne voyais pas comment montrer cela à une foule dans l'église avec un minuscule écran de télé... Je pensai alors à ce qu'on appelait à cette époque un 'canon' de projection vidéo. Je m'informai: 600$ pour une journée de location! Pas question, bien sûr! Ma réflexion se poursuivait: nous avions acheté, quelques années auparavant, pour la pastorale du secteur auprès des ados, un système de son puissant et de grande qualité pour nos différentes activités (dont les soirées festives, l'animation des messes jeunesse, et bien d'autres occasions; nous le prêtions aussi, comme pour les pièces de théâtre itinérantes montées par les animatrices de pastorale au primaire). Grâce à l'effort de plusieurs, nous avions un bon budget (on recueillait environ 12000$ annuellement) et il serait relativement facile d'aller chercher d'autres fonds. Nous devions bien entendu nous procurer un grand écran qui pourrait continuer à servir par la suite. Après une rencontre des responsables de Mission-Jeunesse, nous sommes partis à la recherche du matériel convoité. Pourquoi louer quand on peut acheter et amortir la dépense sur de nombreuses années!? Encore là, puissance et qualité faisaient partie de nos critères. Et nous avons bien fait parce que le projecteur a duré des décennies et n'a jamais vraiment été obsolète. Au début, j'appris à utiliser PowerPoint. J'imprimais les images de la célébration pour que la personne manipulant l'ordi (acheté usagé) puisse facilement faire avancer les images au bon moment. C'est une jeune fille d'environ huit ans qui accepta cette tâche et l'accomplit fidèlement et admirablement tous les week-ends. Comme j'avais formé quelques personnes, d'autres pouvaient la remplacer, au besoin. Au pire, j'avais trouvé un bidule qui me permettait de diriger le tout, discrètement, à distance. L'idée première consistait à permettre aux gens de chanter sans avoir le nez dans un carnet de chants, tout en contemplant des images inspirantes. Je dois dire que ce fut un de mes grands objectifs en paroisse: que les gens ne fassent pas qu'écouter, mais qu'ils chantent à pleine voix, de tous leurs poumons! Je rêve que tous les animateurs/trices de liturgie comprennent cela... Voilà une de mes priorités, dans toutes les communautés servies! Je m'y efforçais particulièrement quand j'avais la joie de faire l'animation musicale d'une Eucharistie. 

Toujours au sujet de l'utilisation de l'audio-visuel en Église, j'ajouterias que, par la projection, nous pouvions afficher ainsi les annonces (le prône, si 'plate' parfois...) qui, surtout pour les personnes visuelles, restaient plus facilement en mémoire. Plus tard, dans le cadre de mes lectures de magazines de pasto-jeunesse, je découvris les logiciels dédiés à la projection dans les églises. J'ai choisi celui qui paraissait le plus simple et le moins cher, et il s'agit de celui qu'on utilise toujours dans les communautés où il a été implanté. À St-Sulpice, nous avons été en quelque sorte les pionniers dans ce domaine. Certaines paroisses m'appelaient pour avoir des conseils dans l'implantation d'un système; comme je suis 'tombé dedans quand j'étais jeune' (j'en ai parlé dans mes premiers textes), cela me procurait beaucoup de plaisir et j'ai continué à me perfectionner dans l'électronique et l'informatique, sans interruption. Un bon souvenir: dans le cadre d'une rencontre diocésaine dans l'immense vaisseau du Sanctuaire Marie-Reine des Coeurs (à Montréal), on m'avait demandé d'organiser la projection du déroulement de toute la soirée, particulièrement la conférence de notre archevêque. Un bonheur!

Ainsi débuta une année spirituellement mémorable. L'un de nos grands projets fut, vous vous en doutez, les journées mondiales de la jeunesse à Rome (en août 2000). Nous travaillions là-dessus depuis plusieurs mois déjà; pas question d'abandonner même si je me retrouvais curé de paroisse et en pasto-jeunesse à temps partiel seulement. Ce voyage fera l'objet de plusieurs articles d'ici quelques semaines. Mais avant...la vie me réservait toute une surprise.

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La semaine prochaine: Une semaine hallucinante.

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